On ne le présente plus. Début septembre à Hambourg en Allemagne, Vincent Luis a remporté son deuxième titre mondial consécutif. De quoi assoir un peu plus sa domination sur le triathlon mondial à quelques mois des Jeux Olympiques de Tokyo. On vous propose aujourd’hui, un entretien exclusif : préparation à Font-Romeu, son entraînement, ses techniques de récupération, ses équipements favoris … il nous dit TOUT !

Un petit mot sur ton titre de champion du monde conquis début septembre à Hambourg.

C’était la seule course importante de l’année. Dix mois sans compétition c’est très long donc c’était la seule qui allait faire référence cette année. Comme j’étais le champion du monde en titre, c’était important de montrer que ce n’était pas un coup de chance l’an dernier et que j’étais capable de le refaire. Donc je ressens une grande satisfaction d’être parvenu à garder ce titre.

Un titre conquis au terme d’une longue préparation à Font-Romeu. Pourquoi avoir fait ce choix ?

C’est vrai que je suis resté six semaines à Font-Romeu. J’ai choisi ce lieu pour le côté pratique, car c’est à 1H45 de là où j’habite et pour l’altitude. C’était au mois d’août donc il faisait vraiment beau, les conditions étaient idéales. J’ai pu vraiment faire de très bonnes séances. J’avais mon coach auprès de moi donc c’était top ça m’a permis d’optimiser au maximum cette période et surtout de ne pas faire d’erreur dans les dernières semaines de préparation.

Peux-tu nous décrire une journée type d’entraînement à Font-Romeu ?

On commençait par la natation à 8 heures en général. On nageait quatre, cinq kilomètres tous les matins. On finissait vers 10 heures, puis on prenait un goûter. Ensuite, on allait très souvent rouler à vélo vers midi donc on avait du temps pour se reposer. On roulait entre deux et trois heures en semaine et on allongeait le week-end entre 5h30 et 5h50 de vélo. La course à pied se faisait plutôt le soir vers 18 heures. Parfois même avant la natation le matin, quand j’avais une journée où j’avais deux entraînements course à pied. Mais principalement, on faisait les trois sports tous les jours, sauf le dimanche où on ne nageait pas.

Comment s’organise ta récupération ?

Il faut savoir que j’ai la chance d’avoir un kiné 24h/24 et 7j/7 avec moi. Je le voyais tous les jours à Font-Romeu et c’est top d’avoir son aide au quotidien. J’utilise aussi des bottes de pressothérapie assez souvent… tous les jours en fait ! Je fais très attention à la perte de minéraux également. […] Cryothérapie personnellement… je ne pratique pas. Je n’ai pas ressenti un énorme bénéfice à en faire donc c’est vraiment un avis perso mais faire trente minutes de voiture pour bénéficier de quatre minutes de cryothérapie et après reprendre la voiture… Est-ce que vous allez vraiment en tirer un bénéfice ? Je ne pense pas. Je préfère passer une heure chez moi avec mes bottes de pressothérapie ou en auto-massage. […] Après, pour moi le plus important dans la récupération, c’est l’alimentation ! Profitez des bonnes fenêtres post-entraînement pour ingérer les bons aliments. Le sommeil également : je m’assure d’avoir au moins neuf heures par nuit et je monte parfois jusqu’à dix heures. Donc ça fait des soirées où on va se coucher très tôt !

Aura-t-on la chance de te revoir sur un cross, une course sur route ou sur les pistes en France ?

C’est une bonne question. Ça me motive beaucoup, j’adore courir même si la piste c’est un peu moins mon truc. Je pense être moins fait pour courir sur la piste mais il faut faire des choix dans une carrière. Il faut savoir dire non, être patient et savoir ce qu’on veut vraiment. Avec le calendrier actuel en triathlon, c’est compliqué d’aller courir ailleurs. Je suis payé pour faire du triathlon et pas de l’athlétisme. Mais je reviendrais, si je pense qu’à un instant T ce sera bénéficiable à ma carrière de triathlon. […] Cette année par exemple, j’avais très envie de courir un semi-marathon mais la plupart ont été annulés. En tout cas si l’occasion se présente, ça sera avec plaisir.

Comment expliques-tu que tu es désormais imbattable dans la partie course à pied en triathlon ? Alors que ce n’était pas le cas il y a quelques années encore.

Je pense que c’est une question d’entraînement, de maturité et de confiance en soi. J’arrive maintenant à m’entraîner sans me blesser. C’est ça le plus important en fait. Pouvoir enchaîner les séances sans blessures et être certain que tout va bien se passer ensuite. C’est ce que je voulais mettre en place en changeant de structure après toutes ces années où j’ai connu beaucoup de blessures. J’ai élevé mon niveau en course à pied et en vélo, ça fait que maintenant après la partie vélo j’arrive encore à courir vite. Je cours plus intelligemment aussi et c’est une discipline sur laquelle je continu à beaucoup travailler. […] Je suis très content d’avoir passé six années à Reims aux côtés de très bons coureurs comme Mahiedine Mekhissi. Leur aide m’a permis de devenir le coureur que je suis maintenant. Quand j’étais avec Farouk (Madaci, son ancien entraîneur), il a fait du très bon travail avec moi. Je suis désormais capable d’encaisser de gros volumes de course à pied sans que cela me paraisse difficile.

Combien de kilomètres cours-tu par semaine en moyenne ?

Je cours en moyenne entre 100 et 110 kilomètres par semaine. C’est moins qu’avant mais je suis plus régulier. Ce kilométrage là, c’est toutes les semaines, tout au long de l’année.

De quoi se compose généralement ta semaine d’entraînement de course à pied ?

C’est relativement classique. J’ai deux grosses séances dans la semaine : une sur piste le mardi et une séance de simulation de course ou tempo le samedi. Sur la piste, on fait très peu de VMA et de travail rapide comme des 200 ou 300 mètres. Ce type de séances, on préfère les faire en nature sur des 30/30. Sur piste : on construit et on progresse sur la séance : toujours accélérer pendant la séance et ne jamais finir à fond. Il y a toujours un cadre, une vitesse de départ et d’arrivée à respecter. Notre devise c’est que : faire davantage ou plus vite ne signifie pas forcément faire une meilleure séance. A partir du moment, où tu as compris ça… tu as tout compris. Cela évite de faire la course avec les camarades tous les jours à l’entraînement. Surtout quand tu as les meilleurs au monde dans ton groupe. […] La séance du samedi, c’est plutôt du long sur route ou chemin. Pas forcément sur du plat, on essaye de varier les terrains. Par contre, c’est des séances relativement longue : le samedi je cours 30 kilomètres environ. Cela peut être trois blocs de vingt minutes progressif ou des tempos. C’est vraiment spécifique. Par exemple, ce samedi j’ai : 6/7 kilomètres à un tempo tranquille à 3:15/km puis derrière on enchaîne avec 5x1000m en commençant à 3:00/km pour finir à 2:40/km. C’est rien de dingue, mais vendredi il y aura une séance dure de natation et dimanche une grosse sortie vélo. Donc c’est plus la consistance qui est importante que la séance à un instant T.

Quelles chaussures utilises-tu le plus à l’entraînement ? Et pourquoi ?

La chaussure que j’aime vraiment c’est la Pegasus et la Vomero. Plus particulièrement la Pegasus 37 que je porte tous les jours à l’entraînement en ce moment. Il y a la Pegasus Turbo aussi que j’adore utiliser sur piste : elle a un très bon maintien et dans les virages elles m’économisent les chevilles. J’utilise aussi beaucoup la React Infinity. […] Je n’ai pas vraiment de type de chaussure favorite, mais j’essaye de garder les chaussures légères et rapides pour les grosses séances. Je ne vais pas mettre des Vaporfly sur une séance de côtes par exemple… les côtes on s’en fiche si on va un peu moins vite, c’est pas ça qui est important. Je préfère garder cette sensation de me dire « aujourd’hui c’est jour de course donc on sort les plaques carbones. » Donc très peu de chaussures carbones à l’entraînement. […] Mais si je devais en garder qu’une seule… Alphafly, sans hésitation. C’est ma chaussure de compétition. Je m’entraîne pour faire des courses et je sais que c’est la chaussure la plus rapide du marché actuellement. C’est ce pourquoi je m’entraîne, pour être le plus rapide le jour de la course.

Que penses-tu de la dernière Tempo Next% ?

Je l’utilise depuis deux semaines. Pour moi, c’est la Alphafly de l’entraînement ou l’Alphafly pour les personnes qui courent sur des allures inférieures. Elle a un très bon maintien, plus rigide au niveau de la mousse où ça ressemble davantage à une Pegasus. Les pods à l’avant c’est très bien et surtout l’avant est très large. Pour les personnes comme moi qui sont pronateurs, c’est vraiment bien car le pied est bien stabilisé. C’est une bonne chaussure, que je vais utiliser sur les tempo longs. […] Si j’étais un coureur un peu moins rapide, je l’utiliserai sur marathon. Je pense que tous les gens qui courent au-dessus de 2H50 au marathon, devraient favoriser cette chaussure. Elle a un très bon amorti et permet d’être moins exclusif que l’Alphafly. Tout en conservant un excellent rebond et dynamisme.