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Yann Schrub : « Aujourd’hui, je rêve du titre olympique » | RUN’IX
« Aujourd'hui, je rêve du titre olympique » : Yann Schrub se confie au micro de RUN'IX
« Un petit grain de sable peut tout faire basculer »
Quelques semaines après avoir retrouvé près de 95 % de son niveau à l'entraînement, Yann Schrub pensait enfin voir le bout du tunnel. Souffrant, puis opéré d'une pubalgie après le 5 kilomètres de Lille, le Mosellan avait retrouvé des sensations prometteuses. Sa rééducation et sa remise en forme se déroulaient parfaitement. Il enchaîné les séances à vélo, d’elliptique et retrouvait les sensations de la piste.
Tout semblait rentrer dans l'ordre pour faire un retour sur 1500 mètres au MNEL de Lyon, un an après avoir réalisé son record de 3 minutes 31 secondes en solitaire sur ce même stade.
L’objectif était clair, faire son retour sur 1500 mètres à Lyon.
Malheureusement, à quelques semaines de la compétition, des douleurs ressurgissent, la sentence tombe :
« J'ai passé une IRM quasiment dans la foulée parce que les douleurs étaient revenues. Ensuite, une scintigraphie a révélé une fracture de fatigue du sacrum. »
Gros coup d’arrêt pour le demi-fondeur contraint à stopper toute activité à pied. Une nouvelle épreuve qui oblige le Français à revoir entièrement son calendrier :
« On a compris qu'il fallait chercher pourquoi cette blessure était arrivée. Ce n'est pas juste de la malchance. Le niveau physique et musculaire avait progressé, mais l'os, lui, n'avait peut-être pas suivi. Il suffit parfois d'un petit grain de sable pour que tout bascule. »
Faire une croix sur 2026 pour mieux préparer Los Angeles
Pour Yann Schrub, le choix est désormais clair. Les Championnats d'Europe ou les Mondiaux de route ne constituent plus une priorité :
« Aujourd'hui, tout est orienté vers les minima des Mondiaux 2027 et surtout Los Angeles 2028. »
Toutes les courses autour devraient être secondaires, même si l’envie de bien faire et revenir doucement mais sûrement à son meilleur niveau. Une décision rendue plus facile par ses performances de l'hiver dernier :
« Depuis les Mondiaux en salle, je sais que je peux jouer devant. Je préfère prendre le temps de revenir plutôt que brûler les étapes. »
En effet, en l’espace de moins de deux mois, l’enfant de Sarreguemines a brillé. Record de France du 3000 mètres en salle (7 minutes 29 secondes) le 8 février à Metz, Record d’Europe du 10 kilomètres (26 minutes 43 secondes) à Castellon le 22 février, et médaille de bronze sur cette même distance aux Mondiaux à Torun, un mois plus tard. Un hiver prolifique, le propulsant encore plus vers le sommet du niveau mondial.
Pour lui, cette blessure récente pourrait même devenir un atout à long terme :
« Ce n'est pas une fatalité. Je suis persuadé qu'il y aura quelque chose de positif à en tirer. »
Persuadé qu’il reviendra plus fort, avec une envie débordante :
« Je suis presque content que cette blessure arrive deux ans avant les Jeux, maintenant, je vais reconstruire les fondations. »
Le médecin qui apprend à devenir patient
Paradoxalement, celui qui soigne les autres admet avoir énormément de mal à accepter de ne pas tout contrôler :
« J'ai les connaissances sur le sommeil, la nutrition ou l'entraînement. Pourtant, j'ai dû apprendre à déléguer. »
Pourtant, son staff ne manque pas : deux kinés, plusieurs médecins. Aujourd'hui, toute une équipe gravite autour de lui :
« Mon préparateur mental me répète souvent : "Sois simplement un sportif. Arrête de réfléchir et cours." »
Un travail qui s'étend également à son rapport au stress, et aujourd’hui aux blessures, sa première depuis le début de sa carrière.
Après avoir bien étudié son hydratation, alimentation, le Mosellan se dit en recherche de solutions face aux troubles du sommeil qu’il peut ressentir durant l’année. L’une des potentielles causes de sa fracture du bassin. En revanche, du côté mental, le coureur de 30 ans a évolué. Souvent bloqué dans ses performances par le calcul et l’anticipation, aujourd’hui il travaille sur ressentir l’instant présent, que ce soit en course ou à l’entraînement. Se questionner sur ses sensations à l’instant et profiter. La clé pour performer réside parfois par juste souffler et laisser couler :
« Sur un 10 000 mètres, cesser de compter tour par tour, juste réfléchir comment je me sens maintenant et que dois-je faire sur le moment. »
Paris 2024, l'échec qui a tout changé
Côté passé, son abandon lors du 10 000 mètres olympique reste le plus grand traumatisme sportif de sa carrière :
« C'est clairement le plus gros échec de ma carrière. »
Le contexte est particulier. Présenté devant près de 80 000 spectateurs, Schrub entend le Stade de France scander le nom de Jimmy Gressier et « Allez les Bleus » :
« Je me suis laissé déconcentrer. Ensuite, je me suis demandé ce que je faisais à abandonner devant 80 000 personnes... »
C’est un homme libéré et complètement ouvert sur le sujet qui se confie à RUN'IX.
Pourtant meurtri, dès le lendemain en 2024, il décide de transformer cette expérience en force :
« Je me suis tout de suite projeté sur le 5000 mètres. Je voulais faire en sorte que cela ne se reproduise plus. »
Quelques mois plus tard, ce déclic débouche sur un hiver exceptionnel, des victoires, des records et un nouveau statut.
« Mon heure arrivera »
« J'ai enfin jeté le syndrome de l'imposteur »
Depuis sa médaille européenne en 2022 à Munich sur 10 000 mètres, Yann Schrub vivait avec un doute permanent :
« Je pensais parfois que j'avais juste eu de la réussite en championnat. »
L'hiver dernier a changé son regard :
« J'ai enfin mis ce syndrome de l'imposteur à la poubelle. »
Auteur de performances stratosphériques sur des courses au train, l’athlète Puma s’est montré performant dans tous les domaines, du 1500 mètres au 10 kilomètres en passant par les cross. Aujourd’hui il figure comme l’un des athlètes les plus complets de sa génération. Il souhaiterait d’ailleurs dans l’avenir avant ou après 2028 faire ses débuts sur semi-marathon. Dorénavant, il est persuadé d'avoir le niveau pour rivaliser avec les meilleurs sur chaque distance :
« Je sais que mon potentiel n'a pas encore été totalement exploité. »
Peut-on s’attendre à titiller avec le record de France de 59 minutes 13 secondes de Julien Wanders ?
Dominique Kraemer, la rencontre
Repéré depuis son plus jeune âge, c’est en sixième que le recordman d’Europe rencontre son entraîneur de toujours, Dominique Kraemer :
« C'est sûrement la personne avec qui j'ai passé le plus de temps dans ma vie. »
Leur relation a beaucoup évolué depuis la première licence en 2008 :
« Avant, on ne parlait pas de lactate ou de récupération. Aujourd'hui, tout est beaucoup plus structuré. Le haut niveau est devenu extrêmement précis. »
Une évolution indispensable pour rivaliser avec les meilleures nations européennes, ému il repense à sa première médaille nationale en 2012. Une collaboration soudée, même dans la situation actuelle, les deux hommes restent très proches et adaptent l’entraînement ensemble. En l’occurrence beaucoup de vélo, seul sport que Yann peut pratiquer actuellement.
Le médecin aux 130 kilomètres par semaine
En parallèle de sa carrière, Yann Schrub continue d'exercer la médecine une dizaine d'heures par semaine. Un équilibre devenu essentiel :
« Quand je quitte le cabinet, j'ai l'impression d'avoir fait autre chose que courir. Ça me fait énormément de bien. »
Conscient des efforts fournis pour en arriver là, il est heureux d’exercer dans cette période de blessure :
« Si je n’avais pas eu la médecine ça aurait été très compliqué. »
Son cerveau, dit-il en souriant, « tourne tout le temps ». Hyperactif, il apprécie ce sentiment d’occupation, sa pause de deux ans pour préparer les Jeux de Paris a été la bonne décision mais ne devait pas s’éterniser. L'entraînement, lui, reste très dense. Environ 130 kilomètres hebdomadaires, une séance de musculation, du double seuil, une séance de VMA, des footings et parfois des côtes. Mais les priorités restent simples :
« Les trois piliers, c'est le sommeil, l'alimentation et l'hydratation. Tout le reste, ce sont des détails. »
Avant même de s’entraîner ou rajouter du volume, il faut savoir récupérer et digérer la charge de travail, qu’elle provienne du sport, du travail ou de la vie en général. Beaucoup d’amateurs font l’erreur de ne pas écouter leurs corps. Le Français dépasse rarement les 150 kilomètres hebdomadaires, boit entre 3 et 4 litres d’eau par jour (dont 1,5 litre de St-Yorre), et s’alimente à chaque repas d’une protéine, d’un féculent et de légumes.
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« Aujourd'hui, je rêve du titre olympique »
Le jeune collégien qui découvrait l'athlétisme en 2008 voulait simplement participer aux Jeux. Le Yann Schrub de 2026 ne cache plus ses ambitions :
« Avant, je rêvais d'être aux Jeux. Aujourd'hui, je rêve d'un titre olympique.»
L'objectif est identifié, les Mondiaux 2027 puis Los Angeles 2028, où il espère doubler 5000 mètres et 10 000 mètres.
Sans oublier une autre envie qui grandit :
« Il me reste énormément de choses à faire sur piste, mais la route me donne aussi très envie. Le semi-marathon m'attire énormément. »
Une chose est certaine : malgré les blessures, la motivation est intacte :
« Cette blessure ne définit pas ma carrière. Il faudra faire des choix, mais je suis convaincu que ce seront les bons. »
« J'aimerais que les gens se souviennent des émotions que mes courses leur ont procurées. »
Encadré – Les confidences de Yann Schrub
- Premier souvenir marquant : sa première sélection internationale chez les cadets, conclue par une contre-performance qui lui servira de leçon.
- Plus belle course : sa médaille de bronze aux Championnats d'Europe 2022 à Munich, devant sa famille.
- Routine d'avant-course : davantage de place laissée à l'improvisation qu'auparavant.
- Petit-déjeuner préféré : des tartines au beurre de cacahuète.
- Objectifs : Mondiaux 2027 puis Jeux olympiques de Los Angeles 2028.
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